Jean Bart corsaire du roi Soleil

Biographie de Jean Bart par Patrick Villiers.

(Fayard, 520 p., 25€)

Son titre de gloire est connu : corsaire du Roi-Soleil. Mais sait-on tout de Jean Bart, « seul roturier recruté comme lieutenant de vaisseau en 1678« , qui se lança dans la guerre de course au moins autant par désir d’aventure que par volonté de s’élever socialement. Patrick Villiers, professeur à l’université du Littoral Côte d’Opale, a bien compris qu’il fallait aller au-delà du mythe. Or, le Dunkerquois a multiplié les exploits -des premières prises de convois hollandais à sa qualité de chef d’escadre -, au point que sa bravoure et son sens tactique reviennent constamment dans les témoignages de ses contemporains.

Refusant l’hagiographie, l’auteur trouve en racontant la marine française sous Louis XIV – son armement, ses chefs, ses conquêtes… – le meilleur moyen pour éclairer Jean Bart et sa trajectoire avec objectivité. Avant d’être patriotiques, les combats des corsaires sont d’abord et avant tout « économiques » : on parle essentiellement de soldes, de prises et de crise des équipages. Celui qui sera anobli en août 1694 n’est pas dupe sur les motivations de ses compagnons : « il n’y a qu’une grande liberté et un gain apparent qui puisse attirer le matelot (…), qui ne demeure qu’où il se trouve le mieux. » Il n’empêche, il faut du courage pour défier les vents et les bâtiments ennemis.

Bataille de légende

La plupart des grands hommes fondent leur légende sur un épisode phare. Celle de Jean Bart s’enracine en 1694 au large de l’ile néerlandaise de Texel, où sa petite escadre défait l’adversaire hollandais – « une violence extrême dans un temps relativement court » et surtout récupère une flotte française de plusieurs dizaines de bateaux chargés de vivres. la reprise d’un convoi qui épargne au pays la famine vaut au corsaire d’être distingué par le roi « tant par l’ancienneté de ses services que par la qualité de ses actions et de ses blessures« . C’est effectivement une vie trépidante que déroule Patrick Villiers, dans un climat historique aussi agité que passionnant.

Article de Frédéric de Monicault dans le Figaro Littéraire du 18 avril 2013.